Toucher

Démontrer la force délicate d’une paume posée à plat sur le plexus. Apprendre à contrôler la main qui traîne sur la rotule. S’attarder sur le trouble que suscite une texture de cheveux. Vivre le frisson qui traverse une plante de pied nue dans la neige.

Éclosion artistique, TOUCHER est une première création à la redécouverte de nos intentions essentielles, de nos nouveaux chemins d’expression, pour réussir à dire par le corps là où la voix échoue. Saisir toutes les connexions vitales à l’oeuvre dans ce sens, son rôle fondamental dans notre manière d’appréhender notre environnement, de se représenter en miroir face à ce qui nous touche, ce qui est présent ou absent, vivant ou mort. J’ai eu l’intuition que nous avions la réponse dans la peau, en surface. Parce que la peau est le premier de nos organes à naître dans le ventre de nos mères et qu’en cela elle constitue notre premier mode de communication et aussi la plus efficace des protections, comme le rappelle Ashley Montagu dans La Peau et le toucher (1971).

J’ai commencé à imaginer le solo avant le confinement, en cherchant une gestuelle par réminiscence, par manque et par désir, plus comme un élan d’amour pour moi-même et mes souvenirs que comme un acte politique. «Tout notre corps n’est que mémoire » écrit Nicole Mazô-Darné. Une composition pour lâcher prise en même temps que pour ordonner le mouvement, avec des repères invisibles et des images analogiques.

Puis il y a eu la distanciation sociale. TOUCHER est devenue une façon d’être à l’autre totalement proscrite, et du coup ça m’interroge aussi sur ce que c’est qu’un acte de résistance artistique et une démonstration d’irresponsabilité.

Première étape de création présentée le 8 mars 2020 sur invitation de la chargée de mission du droits des Femmes de Saint-Denis (93) et des programmateurs des Folles Soirées Dionysiaques au 6B, lieu de création et de diffusion artistique.

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Photographes : Denis Garnier, Sorana Doré